mardi 30 octobre 2018

Sous le signe de Marie

L'une est hématologue au CHU d'Amiens et assure des ateliers de Zhi Neng Qi Gong au DISSPO (Département Interdisciplinaire de Soins de Support pour les Patients en Oncologie). Nous mémorisons actuellement avec elle, les six respirations d'harmonie du professeur Yayama, cancérologue.

 
L'autre a eu la bonne idée de proposer des séances de Do In Shiatsu à deux pas de chez moi, dans une salle où je pratiquais autrefois le yoga.

 

Les deux se prénomment Marie, avec un nom de famille qui commence par un B.


Les deux m'aident à aller mieux depuis mon coup de déprime de la rentrée qui m'a fait réagir et donné envie de refaire des activités qui me mettent en joie. Sans me forcer, juste pour me faire plaisir, moi qui ai toujours tendance à tout transformer en travail. Et parfois en corvée !

Faire quelques mouvements pour me sentir vivante, harmoniser les énergies. Tant mieux si cela m'aide à supporter les traitements, à mettre les effets secondaires en sourdine. Tant pis si cela ne résout pas tout.

Et la troisième Marie, ma mère au ciel, je me demande si son nom commence aussi par un B.

B comme
  • Bonheur
  • Beauté
  • Bonté
  • Bienveillance
  • Bénédiction
  • Bien-être
  • Bonne nouvelle



Elle englobe sans doute les vingt-six lettres de l'alphabet, toutes les couleurs de l'arc en ciel et l'univers dans son entier.




Prendre l'énergie du Ciel et de la Terre

Poème traditionnel de Maître Pang He Ming



                                       Calligraphie de Maître Zhou Jing Hong

 
Toucher le Ciel

S'enraciner dans la Terre.

Le Corps détendu, L'esprit calme,

Respect à l'extérieur, Sérénité à l'intérieur

Le cœur limpide, humble d'apparence.

Libre de toutes pensées

Mon esprit s'envole dans l'Azur,

Puis revient se poser sur moi.

Agréable sensation de bien être ...

samedi 27 octobre 2018

Parc Depech # 4

Couleurs d'automne

 
Comme une virgule lancée à toute allure et qui s'immobilise un instant avant d'aller ponctuer ailleurs l'espace arboré, la visite d'un écureuil est un cadeau précieux. J'essaie de le déranger le moins possible et me contente de l'observer à distance en admirant sa célérité, sa grâce et sa force. 

Tout comme j'admire la nature qui a "halloweené" les couleurs de mon environnement. 
Les érables ont roussi mais ont vite perdu leurs feuilles en un tapis bruissant sentant l'humus.

Des baies rouges, orangers, dorées ont muri et nourrissent des quantités d'oiseaux. Je suis contente d'entendre des mésanges et même quelques rouges gorges.


 Les merles sont friands des fruits des cotonéaster. Le plus bel arbre du parc est certainement celui-ci mais d'autres entourent également la butte et les nombreux bosquets alentours.


J'aime beaucoup le contraste à cette période de l'année entre les nombreux conifères (pins, tuyas, cyprès, cèdres bleus, épinettes du Canada qui mériteront un article à part) et les feuillus qui rougissent ou se dégarnissent (prunus, érables, pommiers du Japon, boulots, tilleuls).

 Les genévriers n’exhalent plus leur odeur si particulière amplifiée par les rayons du soleil de l'été.
 
Il commence à faire froid.
Nous sommes aux portes de novembre et le week-end du passage à l'heure d'hiver. Espérons que la France fera le choix de conserver cet horaire toute l'année pour limiter à une heure le décalage horaire par rapport au soleil. Restons le plus possible proche de la nature dont nous sommes de plus en en plus déconnectés.

J'espère que nos politiques seront bien conseillés et que les français (à 73 % pour conserver l'heure d'été toute l'année) vont prendre conscience que ce n'est pas un bon choix. L'hiver, dans certaines régions, il ne fera pas jour avant 9h et nuit tôt le soir quand même... 

vendredi 19 octobre 2018

Bulles de myélome

 

Quand on a une maladie du sang, il vaut mieux éviter d'emprunter des livres dans une bibliothèque et je n'avais pas renouvelé mon inscription depuis 2012. Mes défenses immunitaires n'étant pas trop mauvaises actuellement, je me suis décidée à reprendre un abonnement. Avec quelques précautions (choisir des livres récents, désinfecter les couvertures), ce n'est pas pire que de pousser un caddie de supermarché ! Quelle joie de sortir de chez soi pour en ramener des livres qu'on n'aurait pas forcément achetés.

Par exemple des bandes dessinées. J'ai choisi une série de deux au hasard en passant dans le rayonnage. Parce que les illustrations étaient soignées et que cela parlait d'histoire de l'art, de secrets de famille. Je trouvais la thématique de la collection Secrets intéressante : Frank Giroud, le scénariste, creuse l'idée des mystères familiaux, longtemps refoulés, qui ont des répercutions dans la vie des personnages. 

Comme pour Clovis Chaumel représentant médical, marié, deux enfants, dont la vie bascule lorsqu'au musée d'Orsay, il découvre l'Angelus de Millet. Soudain, il est pris d'un malaise alors qu'il contemple la toile. Interloqué, il essaie de comprendre cette sensation de mal-être qui s'est emparée de lui, quitte à déterrer d'anciens secrets de famille et à se découvrir un demi-frère… Avec en parallèle à sa propre quête, la fascination de Dali pour le tableau de Millet.

Mais installée dans mon canapé, heureuse comme une ado plongée dans sa BD, je découvre que le héros de l'histoire est atteint d'un myélome. Flûte alors. Quel étrange signe, tout de même ! Évidemment, cela a gâché mon plaisir d'évasion. 

D'autant plus, qu'il y avait tellement d'erreurs, que j'ai trouvé cela peu respectueux des malades souffrants de ce cancer. Ce n'est pourtant pas compliqué de trouver des renseignements mêmes minimes quand on écrit un scénario de BD !
L'approximation m'a toujours horripilée...




D'abord, il n'arrive pas à dire à sa femme qu'il est atteint d'un myélome mais le révèle à la prof d'arts plastiques de son fils. Admettons. Cela peut être une réaction possible de certains malades, de vouloir protéger leurs proches. Ou de ne pas être capables de dire une nouvelle si lourde.
Mais quand évoquant sa thérapie future, il emploie le terme de transplantation pour une greffe de moelle osseuse, là, cela me fait bondir. On parle de transplantation pour un organe. Ce n'est pas très sérieux...


Ensuite, on le voit toujours en forme. On se demande même quels sont ses symptômes. Il va même jusqu'à vivre dans un mobile home sans chauffage, dans des conditions d'hygiène un peu douteuses, se lance dans une carrière de peintre décorateur au milieu des effluves de solvants divers. Il boit de l'alcool, fume, s'amourache de la prof d'arts plastiques. Et supporte  son traitement comme si c'était de la tisane. Là, le scénariste ne s'est pas trompé, ce sont bien deux médicaments classiques pour soigner le myélome : Bortézomid (Velcade) et Dexaméthasone (Cortisone).

 


Et quand il découvre qu'il a un demi-frère, Louis, il ne veut pas lui demander de vérifier si leurs moelles sont compatibles car il pense qu'on va lui faire un myélogramme (prélèvement de moelle dans le sternum). Et bien non, cher monsieur scénariste : une simple prise de sang permet de le savoir ! 


Tout est bien qui finit bien : le service d'hématologie l'appelle pour lui dire qu'ils ont trouvé un donneur anonyme mais on suppose que c'est certainement ce demi-frère...
Sauf que ce choix thérapeutique n'est pas crédible. Dans le cas d'un myélome, une allo-greffe n'est proposée qu'en dernier recourt, quand les autres solutions n'ont pas marché (chimiothérapies, autogreffes). Et désolée pour Clovis Chaumel, l'allo-greffe ne donne pas d'aussi bons résultats que pour les leucémies.

J'ai refermé ces deux livres remplis de bulles un peu trop toxiques.

Cela aurait pu être une belle histoire sur les liens du sang. 

Dommage...

samedi 6 octobre 2018

Notes de lecture

Depuis que j'ai une liseuse, j'en profite pour télécharger des ouvrages libres de droit d'auteurs du domaine public. Soit je les lis en entier, soit je glane par ci par là des passages qui me parlent. Voici ma récolte éclectique de l'été.


lundi 24 septembre 2018

Le syndrome de la rentrée



Quand on est en arrêt longue maladie, il y a des périodes où il est plus difficile que d'autres d'être en dehors de la vie active. Autour de moi, je palpe l'agitation de la rentrée avec le sentiment d'en être exclue. Au lieu de me réjouir d'échapper aux pénibles réunions de programmation dont me parlent mes anciens collègues, je sens monter en moi, le malaise de l'inutile. Retraitée avant l'heure et pour combien de temps encore ? Et toujours en sourdine, la question qui tue : "Pourquoi moi ?".
Il y a quelques temps, P.-F., un ami de mon frère atteint d'un myélome depuis plus longtemps que moi, m'a annoncé sa troisième rechute. Je me réjouissais que ses rémissions soient plus longues et stables que les miennes. Lui aussi repart faire un tour de manège, avec beaucoup de courage et d'espoir. Et sans doute pas mal d'amertume, comme moi, pour tout ce dont cette maladie nous prive.

Bien sûr, en apparence, les gens me trouvent en forme. Les traitements agissent bien et mettent le mal en hibernation. Mais les effets secondaires, même supportables, sont bien là. Je n'en fais pas étalage. Seuls mes proches savent qu'il y a des jours avec, et des jours sans. Et la perspective de continuer comme cela le plus longtemps possible est à la fois rassurante et terrifiante.

Sans doute est-ce en raison de cette pudique discrétion sur ce que j'endure que je me suis éloignée de certains d'entre vous. Aux amis qui voudraient venir, me téléphoner, je réponds souvent aux abonnés absents. Ne m'en tenez pas rigueur.

C'est la rentrée. Dans les cahiers à carreaux des écoliers, il y a des additions et des poèmes de Maurice Carême. Dans le mien, il y a surtout des gribouillages de peurs anciennes et une grande page blanche sur le futur.

Mais j'ai quand même taillé mes crayons de couleur...

mardi 11 septembre 2018

Parc Delpech #3

 Je continue mon étude du parc Delpech suspendue durant cet été.


L'accès aux résidences

Les huit bâtiments prenant place librement dans le parc, leur accès est très variable selon leur proximité ou non avec la rue. Ils sont précédés d'allées plus ou moins longues, droites ou sinueuses, bordées de haies de jardin ou de bacs à plantes.




 Seule notre résidence offre un double accès, longeant le Centre de gestion agréé de la Somme, dans un environnement très paysager.



 

Pas facile à trouver : suivez la flèche !



Révélé par la sécheresse, j'ai découvert dans le parc tout un réseau dallé qui balisait un itinéraire peu à peu envahi par la végétation. Je n'ai pas vraiment compris sa trajectoire car se soulevant à certains endroits, certains pavés ont été supprimés par souci de sécurité. Le chemin finit par disparaître...



lundi 3 septembre 2018

Une semaine dans le Tardenois


Pays natal de Paul et Camille Claudel dans le département de l'Aisne, le Tardenois nous a offert une pause bien méritée autour du 15 août. Le temps passe trop vite et le parc Delpech commence déjà à préparer ses habits d'automne.


Mais peu importe ! Nourrie de mes plus beaux souvenirs de vacances, je me sens prête à affronter les jours qui raccourcissent.

Nous avons eu la chance de trouver un gîte spacieux et calme. Nous nous sommes bien reposés dans son parc arboré, lui aussi bien spacieux. Un joli domaine rien que pour nous deux.

 
 
Entre deux lectures, nous allions admirer le ballet des carpes dans l'étang. 


J'ai été heureuse de trouver dans une des chambres un roman de Janine Boissard que je n'avais pas lu. J'ai toujours aimé la plume de cette auteure et les thèmes qu'elle aborde, l'amour, la famille, les joies du quotidien, le bonheur malgré les épreuves... Des histoires qui font du bien, tout simplement.


Sur le plateau de Californie, lieu emblématique des batailles du Chemin des Dames, la nature a fossilisé tranchées et trous d'obus, comme une mère couvre doucement son enfant malade pour l'aider à guérir.
Nous avons marché sur des sentiers ombragés, recueillis comme dans une cathédrale, désolés de constater que beaucoup de promeneurs semblaient peu soucieux du caractère tragique de ce lieu, sauf un papi qui nous a demandé où il y avait des tranchées pour les montrer à son petit fils. Tout n'est pas perdu... 



Sur la galerie Renaissance du château de Fère-en-Tardenois, nous avons essayé de déchiffrer des graffitis de soldats américains datant de la première guerre mondiale. Presque aussi énigmatiques que des hiéroglyphes. 

 
 


Nous avions également rendez-vous avec des anges et Marie Madeleine (sainte patronne de notre fille, il n'y a pas de hasard)  dans deux magnifiques églises Art Déco de la Reconstruction qui malheureusement, se dégradent. Le béton armé, sous ses airs de gros dur, est en réalité un matériau fragile.
 
Eglise Sainte Marie-Madeleine, Mont-Notre-Dame 


Eglise reconstruite de 1929 à 1933 par les architectes Georges Grange et Louis Bourquin sur l'emplacement de l'ancienne collégiale médiévale, dynamitée par les Allemands en août 1918.

 
Douceur paisible et gracieuse d'un ange en prière. 

Sainte Marie Madeleine et sainte Marthe sur des socles qui m'évoquent des obus.

Eglise Saint-Martin, Martigny-Courpierre


Eglise reconstruite de 1929 à 1932 par l'architecte Albert Paul Müller. 

 
Huit anges, à la manière de cariatides, supportent la couronne des martyres.

Seule l'église de Martigny-Courpierre était ouverte nous laissant admirer sa décoration intérieure conçue par des artistes appartenant presque tous au groupe des Artisans de l'Autel, représentatif du renouveau de l'art sacré dans les années 1920.

J'ai particulièrement aimé les réalisations du céramiste Maurice Dhomme, notamment le maître-autel et son retable sur le thème des anges faisant triompher la paix en chassant le démon. Il a également décoré grand nombre d'églises reconstruites dans la Somme.

        

Enfin, que d'émotions dans le petit hameau de Dôle où se trouvait notre gîte, lorsque j'ai découvert le passage secret qui permettait de se promener dans le bois Saint-Thibaut. Je le croyais impénétrable, tel un royaume mystérieux de gnomes et de bêtes sauvages.

Pas très rassurés, nous avons joué aux explorateurs et dans une végétation envahissante, nous avons retrouvé un réseau de tranchées... Nous ne pensions pas qu'il y en avait à l'écart du Chemin des Dames.

Et maintenant, en route vers d'autres horizons...

 

dimanche 29 juillet 2018

Deux jours au Bois de Cise


Photographier la mer, éternelle et changeante, et essayer d'en saisir les évanescentes métamorphoses, à l'instar des peintres impressionnistes.




 

Sentir la fraîcheur du bois à deux pas de l'écrasante chaleur de la plage. Reconnaître l'odeur des chênes verts, si particulière. Deviner les maisons de villégiature se cachant au milieu des arbres depuis les sentiers ou les escaliers abruptes.

 
Rêver à un temps qui n'existe plus dans ces belles villas endormies, au charme proustien. Percevoir les murmures imaginaires d'un piano désaccordé accompagné du froissement des longues robes d'autrefois.



Et rire surtout ! 

Car même si le chemin du Paradis est indiqué d'une si belle manière, je compte bien rester encore longtemps sur terre pour profiter de la vie comme je l'ai fait durant ce court séjour avec Madeleine, au Bois de Cise.

Beau moment de complicité entre mère et fille que nous gardons toutes les deux comme un trésor, en attendant le prochain.

Situé entre Mers-les-Bains et Ault, le Bois de Cise, parcelle de la forêt primitive gauloise est l'un des derniers bois naturels de hêtres et de chênes des côtes de la Manche dont la taille n'a cessé de s'amenuiser depuis les défrichages des moines bénédictins au cours du Moyen Age jusqu'à nos jours. On retrouve encore non loin de celui-ci les bois de Rompval (commune de Mers-les-Bains) et celui de Lamotte (commune de Saint-Quentin-la-Motte-Croix-Au-Bailly).
En 1853, Saint Hilaire-Dufour, président de la Chambre de commerce de Dieppe, en devient le propriétaire et en fait un rendez-vous de chasse. En 1883, il le cède à M. Chardin.
Vers 1896, Jean-Baptiste Theulot rachète le Bois-de-Cise à M. Chardin avec pour projet d'y construire une station balnéaire qui représentera près de 500 000 m2 de terrain divisé en 400 lots en misant sur l'avènement du tourisme. En effet, celui-ci veut profiter de l'engouement des bains de mers sur la côte, avec la création de la ligne ferroviaire en 1872 qui va permettre à une clientèle bourgeoise et fortunée de venir investir sur la côte et de bénéficier des vertus thérapeutiques de l'eau et de l'air iodé. La station balnéaire est lancée en 1898 après des travaux colossaux pour permettre l'aménagement du bois et la construction de somptueuses bâtisses. L'extraction de 50 000 mètres cubes de craie donne sa forme actuelle au front de mer.
Comme toutes les stations de la côte picarde, le Bois de Cise connaît un véritable âge d'or qui sera malheureusement bouleversé par la 2e guerre mondiale. Un rapport d'après-guerre relate que sur les 90 villas du bois, 13 ont été complètement rasées et certaines en partie endommagées, comme la villa Lumen *.
Les années 20, les congés payés de 1936 et les années 60 vont lui donner un nouveau souffle et un nouveau visage.
Aujourd'hui, c'est un lieu de villégiature et de promenade hors du temps où des résidents permanents et secondaires s’attachent à préserver le caractère authentique et calme de ce site exceptionnel.

Extrait de la brochure de l'hôtel le Cise - Relais du Silence
 

* Cette Villa Lumen (où nous avons séjourné), à l'origine de style oriental, dont il ne restait plus que le rez-de-chaussée, a été fortement remaniée après guerre et restaurée récemment pour accueillir quatre chambres du Relais du Silence. Construite entre 1902 et 1905 pour Léon Bouchacourt (1865-1949), pionnier de la radiologie et de la radiothérapie, elle porte le nom de l'unité de mesure du flux lumineux évoquant l'activité de ce médecin.